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GAGNOA: Hier et aujourd'hui

29.11.2009

Par Julien ZUNON, Historien et Paulin Zézé Kouassi, Président du Club International Houphouët-Boigny.
Cet article a été publié en juin 1985 par le Club International Houphouët-Boigny à la faveur de la visite historique effectuée à Gagnoa par le Président Félix Houphouët-Boigny.

GAGNOA: Hier et aujourd'hui

Eléments de l'histoire de la région
Un pan important de l'histoire des Bété a été exhumé grâce aux travaux de différents chercheurs depuis notre indépendance nationale. Il y a certes encore des ombres; elles pourront être dissipées avec le temps. J'ai pensé livrer au grand public quelques éléments de l'histoire de la fraction Bété établie au sud-est du triangle Bété constitué de Daloa au nord, Soubré à l'ouest et Gagnoa à l'est.
A l'occasion de la visite de notre vénéré Président à Gagnoa, cette page est un gage de ma modeste contribution à l'histoire nationale, et partant à l'unité de notre pays qui est aussi cher que la prunelle de nos yeux.

1- ORIGINE DU TERME BETE

Le terme Gagnoa est une corruption du mot Gô-gnoa formé de:
- Gô (fromager);
- Gnoa (hommes),
Ce qui signifie: « Fromager hommes », en d'autres termes, ce qui signifie: « Les hommes du fromager ».
Je profite de l'occasion pour signaler des contre-sens que l'Administration coloniale a imposés par méconnaissance ou par la volonté de puissance. Le terme gognoa (Gagnoa) n'est pas un toponyme bété car il désigne une population et non un lieu. Peut-on confondre parisiens et Paris sans choquer le sens? Le vrai toponyme bété est Gôgnoa-dou ou Gôgnoa-gôlo: ce qui signifie "fromager hommes village" ou le village des hommes du fromager.
Il n'est donc pas correct du point de vue Bété de désigner les habitants de Gôgnoa-dou par les termes "Gagnoalais et Gagnoalaises". Pour ce mariage de l'équivalence?

2- ORIGINE DE L'ETHNONYME BETE

Selon A.L.T. Gauze les anciens Bété se dénommaient Magwé (1). Cet ethnonyme est tombé en désuétude. Par la suite, nos parents se désignaient par référence à leurs tribus respectives. Ainsi, Nékédié, Zédia, Gbadia, Guébié, Gnébié, Kpokué, Dia, etc.
L’actuel ethnonyme bété assez récent, est une dénomination colonialiste. La plupart des traditionnalistes Bété estiment qu’il serait une déformation du terme bété «bêtê bêtê », qui veut dire paix. Cette version est bien erronée. L’on doit chercher l’origine de l’ethnonyme bété du côté des Gbêglê (Néyo) de Sassandra. Parce que le terme Bété est apparu officiellement pour la première fois dans la revue « Les renseignements coloniaux de 1903 ». En effet nommé commandant du cercle Sassandra en 1998 (2), Georges Thomann qui était jusque-là resté sur la côte, entreprit l’exploration du pays bété en 1912. Son expédition était très importante pour la colonisation ; car elle permit de relier les possessions françaises de la côte et celle du Sahel, connues de Bamako jusqu’à Séguéla. Le voyage de Georges Thomann de Sassandra à Séguéla fut financé par plusieurs milieux colonialistes dont le comité de l’Afrique française (C.A.F) pour lequel il fit d’intéressants récits de voyage dans la revue « Les renseignements coloniaux» sous le titre central « De Sassandra à Séguéla ». Il était accompagné de 52 porteurs parmi lesquels de Néyo et un affranchi Bété ; ces derniers comprenaient tous la langue bété. Signalons en passant qu’il érigea les principales étapes de son itinéraire en postes français :
- Guidéko en 1902 ;
- Issia en 1904 ;
- Daloa en 1905.
Gagnoa fut « pacifié » beaucoup plus tard en 1912. Les premiers interprètes en pays Bété étaient tous originaires de Sassandra. Toutes ces raisons plaident en faveur de l’origine Néyo de l’ethnonyme « Bété ».
Le sens que l’Administration coloniale donne au terme Tschien est erroné. Le rapport militaire d’ensemble de l’année 1913 déclare :
« Les Tschiens et les Bété sont certainement les descendants d’une même race ; ils ont pourtant entre eux quelques notables différences de langage, de mœurs et de physionomie. Les Bété sont plus grands, ils sont surtout moins arriérés et plus intelligents ; les deux races ont pourtant en commun leur caractère perfide, méfiant. Pour les militaires, les populations de la région de l’ouest de Gagnoa ne sont pas des Bété. Ces derniers sont à l’ouest du Davo.
Les militaires français imbus de préjugés ne peuvent pas faire des observations objectives concernant la linguistique, l’anthropologie-physique voire l’ethnologie. Ils opèrent par ignorance une dichotomie purement nominale.
Le terme Tschien qui est une dénomination coloniale n'appartient pas au lexique bété; c'est un lexème Gouro. Les Gouro désignent tous les Bété sans distinction par ce désignatif qui signifie: « Homme de la forêt». Les ethnonymes Bété et Tschien ont exactement la même signification.
Les jumements de valeur à l'emporte-pièce des militaires français sont sans fondements; ils étaient fonction des tâches de la colonisation.

3- LES GRANDES LIGNES DU PEUPLEMENT DE LA REGION A L'EPOQOU PRE-COLONIALE

La recherche historique a remis en cause certaines idées sur le peuplement véhiculées dans le grand public. Elle admet maintenant:

- la multiplicité des origines au lieu du minigisme. Tout groupe a plusieurs origines. A l'origine, il y a toujours un noyau. A ce noyau s'ajoutent au fil du temps d'autres groupes étrangers de différents cheminements.
- l'immigration s'effectue généralement par petites vagues.
Les différents groupes de Gagnoa ne font pas exception à ces normes historiques.

a) Le groupe Niabré.

Les informations de cette tribu évoquent généralement l'origine libérienne sans étayer leurs hypothèses par des arguments. En réalité, selon les récits historiques, le gros de cette fraction est venue de la région de Tabou, en longeant la côte. Après un arrêt à Sassandra, il est remonté vers le nord et a atteint Tutukou, le site actuel. Tutuku formait un gros village. ce noyau a accueilli bon nombre de groupes de Lakota, Oumé et Guibéroua etc.

b) Le groupe Paccolo.

Le groupe Paccolo se caractérise par deux cheminements:
Le premier rejoint celui du gros du noyau du Niabré: Libéria sud-est, puis région de Sassandra. Au lieu de remonter directement vers le nord, il s'est dirigé, vers l'est en longeant la côte jusqu'à Fresco. Il remonte enfin en direction du nord en s'installant d'abord à Lakota; de là, il est arrivé dans l'ouest de l'actuel Paccolo.
Le point de départ du second cheminement se situe dans la région de Bingerville, en pays M'Bato; une dizaine de villages se sentent concernés par cette origine. Cette fraction a séjourné en cours de route dans la région de Divo; le village Djetegnoa a des relations vivaces avec un groupe de Tiassalé en raison de cette origine. en 1969, semble-t-il, un Adioukrou a planté un arbre au milieu de ce village en signe de leur parenté. D'autres lignages sont venus de Grand-Lahou.

c) Le groupe Guébié.

Le groupe Guébié a une histoire particulière. Selon les informations recueillies l'ensemble du groupe a une seule origine; il est venu d'une région de montagne de l'actuel Ghana. Il s'installa d'abord à Vata (au nord de Divo). Son ultime étape fut Zikisso. Que faut-il conclure de ce fait tribal Guébié? Il est certain que d'autres groupes se sont adjoints ultérieurement aux Guébié qui se sont eux-mêmes mélangés aux authoctones. Pour des enquêtes sur le peuplement, il est bon de ne pas se limiter à une seule tribu. D'ailleurs, un autre groupe guébié de Gaba situe son origine dans le sud-est précisément dans la région d'Abidjan. Il s'est ensuite installé successivement à Guitry, lakota avant d'atteindre son site actuel.

d) Le groupe Zabia

Une partie de ce groupe confirme l'hypothèse libérienne. Une autre est venue du sud-est, pour certains de Lahou, pour d'autres de Bassam; une troisième fraction situe son origine entre Tiassalé et Toumodi; de là, elle a atteint Vata où ellecs'appelait Kokoua de Zabia.

e) Les groupes Gbadia et Zedia.

En ce qui concerne le Gbadi, l'on distingue deux itinéraires. Le premier suit l'axe "Sassandra-Gagnoa". C'est le chemin du groupe Grebo. Il est parfois mêlé aux cheminements d'une fraction du Niabré, du Paccolo et du Zabia.
Le second itinéraire est plus vague. Il vient du nord grosso-modo et situe son origine tantôt à Vavoua tantôt à Sinfra. L'origine nordique est donc en fait le pays Gouro et concerne les groupes Kpapékou, Gbassi et Kéhi.
Quant aux Zédié, ils ont des itinéraires plus courts à l'intérieur même de leur territoire actuel et dans celui des Nékédié. La seule origine lointaine se situe dans la région de Tabou.

f) Le groupe Nékédié.

Bien qu'il n'existe pas encore d'étude historique approfondie effectuée par les chercheurs sur la région de Nékédi, la tradition orale nous fournit des éléments dignes de foi pouvant être exploitées pour la présentation de cette région et le groupe Bété qui y habite.

Le groupe Bété de Nékédi

Les Nékédié comme leurs frères de Gbadi, Zédi, Niabré voire de la région de Daloa, viennent du Libéria, donc appartiennent au groupe Krou de l'ouest de la Côte-d'Ivoire.
Les Nékédié doivent leur appelation à leur manière de parler:
Enê signifie "je dis". Di signifie "région de" ou "chez les gens de", Nékédi ou "chez les gens qui disent enê", c'est à dire "vrai" sans détour, donc qui disent la vérité. Les Nékédié sont donc les gens du pays de la vérité.

La composition

Le groupe Bété de Nékédi est composé essentiellement de deux ensembles:
- Les Magoué et les Gadoué.
A ces deux ensembles il faut ajouter les apports des Gouros ou des Kourni ou Kouhoan qui sont un sous-groupe du grand groupe Mandé.
L'éclatement de ces deux groupes a donné les quatre tribus suivantes: Nékédié, Mazégbéléhouan, Brihouo et Bougoué.
L'on peut dater les phases de peuplement d'après des recoupements des faits datés. L'on peut déjà signaler que les migrations en provenance de l'est se sont effectuées après celles des branches Ashanti au début du XVIII ème siècle. Elles sont donc postérieures à cette époque. La poussée Mandé dont les premières étapes remontent au XV ème siècle n'est pas étrangère aux migrations en provenance du nord. Le mariage de la côte, provoquée par l'installation des Européens à la fin du XVIII ème siècle a sans doute influencé les migrations vers la côte. La chasse à l'homme assez âpre des négriers a par la suite entraîné la fuite vers l'intérieur. L'on peut en gros situer le peuplement pré-colonial de la région de Gagnoa entre le XV ème et le XIX ème siècle.
Notons au passage que les Bété n'étaient pas isolés comme on le pense généralement. Ils étaient ouverts sur le monde par les échanges commerciaux orientés vesr l'Atlantique d'une part et vers le nord d'autre part.
Un vaste circuit méridional mettait les Bété en rapport avec la côte et les Anglais. Les captifs Bété s'échangeaient contre des barils de poudre, des fusils. Les Gbêglê (Néyo) et les Godié servaient de courtiers entre les négriers et les fournisseurs Bété.
D'autre part, un circuit commercial ouest-africain mettait les Bété en contact de proche en proche avec les musulmans du Sahel, grands cosommateurs de Kola. Le Kola âprement recherché par les musulmans abonde en pays Bété. En retour ces populations sylvestres recevaient des tissus, des fusils, des boeufs, des pagnes gouro, des manilles (vatè en bété) de la poudre, du sel etc...du nord.

La bétéitude

13:39 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gagnoa, gnébié, djébié, gbadia, zédia, guébié, kpékié, dia, nékédié, zunon julien

GNADOU 04.09.2011 0 1233
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