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Acheres :60 roms expulsés sans ménagement par le sous préfet de St Germain en Laye

Acheres :60 roms expulsés sans ménagement par le sous préfet de St Germain en Laye

6 Mars 2003 : 150 policiers et CRS ont expulsé la soixantaine de Roms présents dans le camp en lisière du bois à Achères. La moitié étaient déjà partis depuis que l'annonce d'une expulsion imminente avait été connue.

Le sous préfet semble satisfait, mais comme à chaque fois, cela ne règle rien. Des dizaines de Roms se retrouvent aujourd'hui dans la nature, à la recherche d'un logement.

« La police nous a autorisés à prendre un seul bagage, nous avons laissé beaucoup de choses ici, déplore un homme relogé provisoirement dans un foyer d'accueil d'urgence à Versailles. On nous a prévenus que notre hébergement ne pourrait pas durer longtemps. Je ne sais plus quoi faire, je suis complètement isolé, je ne sais même pas où sont partis mes amis. »

Après le départ de la police, le spectacle est désolant : dans la boue, les jouets pour enfants se mêlent aux chaussures, aux appareils électroménagers et même à des restes de nourriture.

Jean Pierre DACHEUX, Conseiller municipal Vert à Eragny sur Oise, était présent pour tenter d'empecher cette expulsion, ainsi que des militants du PC, et du collectif de défense des Roms. Au total, une trentaine de personnes s'étaient déplacées pour tenter d'empecher l'expulsion.

Voici donc l'opinion de Jean Pierre Dacheux sur ces évènements révoltants :

Ce matin, 6 mars 2003, le sous-préfet de Saint Germain en Laye n'était pas aux champs mais au bois. En tout cas à la lisière du bois. En marge quoi...

Il était venu y rejoindre d'authentiques marginaux, installés là depuis deux ans, mais qui, depuis trop longtemps, font, à ses yeux, "verrue" sur ce bel espace territorial dont, au nom de la République, Monsieur le Sous-préfet a la charge.

Il faut dire que ces loqueteux, ces malpropres et ces mendiants qui stagnaient là, aux abords de notre belle forêt de Saint Germain en Laye, n'étaient même pas français, à peine roumains, tout juste des hommes, des Roms quoi...

C'était connu : Monsieur le Sous-préfet en avait franchement assez. Cela n'avait que trop duré! Ah! Il n'allait pas se déranger pour rien! Il s'était d'ailleurs fait précéder, peu avant le lever du jour, par quelques escouades de fonctionnaires de police, actifs et obéissants, chargés de lui nettoyer le terrain... Ce qu'ils firent, tout au long de la matinée... avec le zèle et le sérieux qu'on leur connaît.

A chacun ses marges : ces quelques dizaines de Roms en marge de la société allaient être expulsés, triés, et aussi souvent que possible chassés, par des autorités elles-mêmes un peu en marge, en marge de... la loi.

Un peu dedans, un peu dehors : voilà, en effet, la situation de ceux qui vivent en marge. Et, on le sait depuis des lustres : c'est par les marges que s'étendent les espaces.

Les Roumains étendent, avant que n'en soit venue l'heure, l'espace européen, tout comme l'avaient fait, avant eux, d'autres ressortissants étrangers, immigrés ou réfugiés, en quête d'avenir (hier polonais, italiens, portugais ou espagnols - voire hongrois comme la famille de M. Sarkozy-).

Des hauts fonctionnaires étendent, eux, l'espace juridique quand les textes existants suffisent à peine à satisfaire la volonté politique d'exclusion des protecteurs du sol français au sein du territoire européen. Il ne suffit même plus d'avoir des papiers en règle : il faut disposer d'assez d'argent pour vivre sans travailler. Légalité pour le moins litigieuse…

Car ce qui est en cause est bien là : il faut empêcher les "misérables", que seuls les utopistes et les romantiques à la Hugo prennent encore en considération, d'envahir l'espace dit de Schengen, autrement dit l'espace des convenablement pourvus, des travailleurs qui vivent honnêtement du salaire de leur patron, des citoyens paisibles de l'Europe des marchés. Or, de cet espace, la France des droits de l'homme (mais, semble-t-il, pas des droits du Rom...) fait partie.

Alors, Monsieur le Sous-préfet fait son métier. C'est un homme de terrain. Il a mis ses bottes. Et il nettoie. Il rassure aussi. Il sourit aux journalistes et leur parle avec un humour caustique et glacé. Sur son beau front ne passe aucun nuage de doute. "Tout s'est passé dans le calme... Ceux qui sont dans leur droit seront relogés, les autres bien traités et reconduits chez eux,...en Roumanie". Il sait mentir, au besoin, avec sérénité et autorité : "non, la police n'est pas monté à Conflans-Sainte-Honorine sur les péniches où des Roumains s'étaient, dans la nuit, réfugiés; ils sont sortis d'eux-mêmes". Mais bien sûr!

Oui, Monsieur le Sous-préfet, à l'entrée du bois, fait son métier et le fait bien!

Au passage, on égratigne le maire de la ville d'Achères qui, toujours selon Monsieur le Sous-préfet, a laissé pourrir la situation, n'a pas fait face à ses devoirs, et auquel, pour des raisons sanitaires et humanitaires, il a bien fallu se substituer! Pour discréditer un homme, un brin de perfidie ne nuit pas. Monsieur le Sous-préfet affirme et prouve en prenant la peine de conduire lui-même ses journalistes au cœur de l'opération, pour leur permettre de juger, sans risque de contradiction. En réalité, on voudrait bien faire payer à cet élu, d'un humanisme sans doute irresponsable, son… réalisme, qui l'a rendu incapable de s'associer à une exclusion que n'accompagnerait aucune solution digne de la France.

Monsieur le Sous-préfet est un communicateur, un très bon représentant du Gouvernement, un véritable artiste. À bien chercher, en lisière de forêt, on devrait pouvoir récolter, en ce début de printemps, non pas des morilles, mais des promotions.

La poignée de protestataires qui s'étaient, -les naïfs!-, levés dès l'aube, pour venir "protéger" les Roms, ou au moins leur montrer la solidarité de Français ont été fermement, parfois sans ménagement, renvoyés à d'autres occupations. Il ne devait pas y avoir et il n'y aura pas eu de témoins, même silencieux, de l'action de la police! À qui s'insurgeait, prétendant que c'est au nom du peuple français qu'agissent les "forces de l'ordre" et qu'il n'y a donc aucune gêne à intervenir devant les citoyens, la commissaire de police -une femme de cœur!- a fait sèchement observer que nul n'avait à apprécier les conditions dans lesquelles s'effectuait son travail. Jamais l'amère plaisanterie : "circulez, il n'y a rien à voir" n'aurait été mieux placée, mais attention, la dérision est une injure pour quiconque se prend trop au sérieux... "Coluche, reviens, ils sont devenus fous!"

Le campement des Roms a donc été détruit, et ses occupants dispersés. Les caravanes et leur contenu ont été broyés. C'en est fini du campement d'Achères. Et pourtant voilà : tous les Roms n'ont pu être reconduits à la frontière. les Roms sont comme le mercure : écrasez une boule de ce métal et vous obtiendrez une multitude de billes. Seuls les sots peuvent penser qu'en déplaçant ou en niant un problème, on le règle.

En vérité, les quelques milliers de Roms (pas plus) séjournant aux portes de grandes agglomérations françaises pour y glaner, sans avoir le droit de travailler, beaucoup plus d'argent qu'ils n'en gagneraient en travaillant en Roumanie (s'ils trouvent jamais du travail!), seront facilement remplacés par d'autres !

Chacun des sous-préfets et préfets dispose, du reste, d'assez d'informations pour comprendre que l'on ne vient pas à bout, par la force, de la volonté de familles entières qui, même maltraitées, craignent moins l'avenir ici, en France, que dans le pays qu'elles ont décidé d'abandonner, parce que... c'était pire! Mais encore faut-il oser le reconnaître.

Rappelons-nous, le Portugal, tout proche, après être entré dans la communauté européenne, a cessé, progressivement, d'être une terre d'immigration. La Roumanie, qui pourrait, dès 2007, ouvrir la porte de la communauté européenne pourrait donc connaître, d'ici quatre ans, la même situation... À partir de quand va-t-on en tenir compte?


Quant aux Roms, le dixième de la population roumaine, qui avec les autres Tsiganes d'Europe, approchent ou dépassent le seuil des dix millions d'êtres humains, tous fondés à se déclarer citoyens européens, on ne fera pas l'Europe politique sans eux. Que cela plaise ou non!

À moins que..., des politiques insensés ne soient de nouveau tentés de rechercher une solution définitive, d'aucuns auraient dit "finale", pour nous débarrasser de cette minorité européenne constituée par les Roms ou Tsiganes, décidément inassimilables!

En voyant, ce matin, se déployer, d'ailleurs sans haine ni brutalité excessive, mais aussi sans aucun état d'âme, à l'encontre de personnes paisibles et apeurées, en larmes mais silencieuses et dignes, la mécanique froide du maintien de l'ordre, il m'est revenu que les pires exactions sont le plus souvent le fait de braves gens, de ces agents de tous les pouvoirs qui ne discutent jamais les ordres.

Hélas, de tels constats constamment décrits, ces leçons de l'histoire surabondamment enseignées, sont vite oubliés. Au moins à court terme, seule subsiste la morale (!) de la fable : "la raison du plus fort est toujours la meilleure". Tant que seule la violence légitime appartiendra aux états, - aux états les plus forts comme nous le découvrons, de nouveau, aujourd'hui, au niveau international- la condition humaine restera ce qu'elle est.

Quiconque ose reprocher, aujourd'hui, à des gendarmes et autres fonctionnaires, de n'avoir pas désobéi face à la barbarie anti-juive, durant la seconde guerre mondiale, sans considérer le présent, au quotidien, des petites jusqu'aux grandes causes, sombre dans l'inconscience ou l'hypocrisie! Les agents de tout organisme de répression qui ne sont pas protégés par une clause de conscience, se trouveront toujours, à un moment ou un autre de l'histoire, conduits, de proche en proche, à commettre l'intolérable!

Ce matin, il me revient à l'esprit que les Roms ont connu à la fois l'esclavage (deux siècles durant) et l'holocauste (sous l'égide des nazis). Pourrions-nous voir, bientôt, se répéter ces horreurs historiques?

Mais halte-là : si, en ce jour de barbarie très ordinaire, trop ordinaire, des pensées affreuses se réveillent et traversent nos esprits, chassons-les, ne fut-ce que pour ne jamais laisser place au pire. Et le pire est de perdre tout espoir.

Jean-Pierre Dacheux

 

KHADHORMEDIA 09.09.2011 0 1471
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